La transformation du capitalisme

Le capitalisme multiforme est une nouvelle fois en phase d’adaptation.

Il faut lui reconnaître une exceptionnelle capacité d’évolution qui explique pour beaucoup son apparente victoire par KO sur tous les autres systèmes économiques.

Les potentialités dégagées par les innovations et les défis qui se présentent (mondialisation – fin des énergies fossiles – réchauffement climatique – démographie – Interconnexions) touchent toutes les structures quelles que soient leur taille, leur localisation, leur activité, leur positionnement. La question n’est plus : « faut-il plonger dans l’océan des changements à venir mais plutôt comment nager ? »

Historiquement, le capitalisme a d’abord été familial, puis industriel ; il est devenu transcontinental et financier.

Ainsi que le démontre André Gortz[1], la séparation du travailleur et de son outil de travail, la division du travail, qu’elle relève du taylorisme ou des soviets, est à l’origine de la surproduction et de la surconsommation.
–   Surproduction car chacun n’a plus la conscience de l’entièreté de son « ouvrage ».
–   Surconsommation car les produits achetés deviennent de nouveaux repères qui nous positionnent sociologiquement les uns par rapport aux autres.

Daniel Cohen a expliqué le stade ultime de la division du travail. Les fonctions de l’entreprise sont maintenant éclatées dans le monde poussant à son maximum la perte d’identité des entreprises qui ne font plus chacune que des « morceaux de valeur ajoutée ». Le bureau d’étude est dans un pays, la fabrication dans un autre, le service consommateur dans un 3ème sans que l’ingénieur ne croise plus le responsable RH ou l’ouvrier ou le service après-vente.

Cette analyse concerne beaucoup et de très grandes entreprises dont les marques nous sont familières. Pourtant, il est difficile et réducteur de parler des entreprises en général. Qu’ont de commun celles dirigées par des fonds d’investissement, filiales de filiales, dont les salariés connaissent à peine ceux qui les dirigent, et celles qui composent le capitalisme patrimonial.

Les dirigeants des premières ne sont que de passage, quelques années le temps de prendre ce qui est à prendre puis de revendre l’entreprise par appartement. (Le départ de Michel Bonnet, pdg d’Alcatel Lucent, en est l’exemple type.)

Les secondes ont un seul objectif, qui supplante tous les autres, la pérennité …. Ce qui est l’opposé de l’immobilisme.

Ainsi, selon le principe Darwinien de sélection des espèces, ce ne sont pas les entreprises les plus grosses ni les plus rapides qui survivront mais celles qui sauront s’adapter au nouveau monde.

Quand il n’est pas étranglé par des donneurs d’ordre, le capitalisme dans sa forme patrimoniale dispose intrinsèquement des ressorts nécessaires à l’évolution. Ces mêmes ressorts, ces mêmes méthodes pratiquées maintes fois permettent de nouveau à ces entreprises de créer de nouveaux produits ou services, d’imaginer de nouveaux modèles économiques pour survivre à la 3ème révolution industrielle.

Cette recherche de pérennité amène des comportements très « durables » qui trouvent leur pendant dans le monde du vivant :
–   Optimiser plutôt que maximiser
–   Evoluer en permanence mais éviter les changements brutaux
–   Collaborer plutôt que combattre
–   Rentabiliser toute dépense
–   Ne consommer que ce dont on dispose
–   Faire des réserves en prévision des temps difficiles
–   Etre multitâche
–   Collaborer
–   Grandir ensemble
–   Réutiliser

Le capitalisme va survivre, sous une nouvelle forme, que nous voyons biomimétique pour que l’économique soutienne le social et l’environnemental.


[1] André Gortz « Ecologica »

L’économie mondiale à trois vitesses

La mutation de notre monde est en route : l’article de Steve Denning, auteur de plusieurs livres sur le leadership dans l’entreprise et le management de la connaissance, décrit très simplement les trois économies qui cohabitent actuellement dans le monde, leurs buts respectifs et l’avenir de chacune d’elles : Economie Traditionnelle, Capitalisme Financier et Economie Creative. Cette dernière va prédominer dans les prochaines années! L’intégralité de l’article est ici.   L’Economie Creative vous séduit-elle ?…….

Des entrepreneurs locaux qui conjuguent économique et écologique avec succès et bonheur

Le professeur Gilles Boeuf , récemment interviewé par l’Institut Inspire, place l’Entreprise au coeur des changements que nous devons entreprendre pour régler les problèmes environnementaux actuels. La clé de voute pour réussir est, selon lui,  » une union étroite entre chercheurs, ingénieurs et entreprises  » et plus simplement encore  » l’Humain « . Nous partageons cette idée au sein de l’agence. Pour illustrer cette notion, vous montrer que l’économique peut rimer avec écologique, et surtout que ce mariage est source de plaisir et d’innovations sans cesse renouvelées pour l’homme, voici la présentation de 2 entrepreneurs locaux que j’ai rencontré à l’IRCE lors de la clôture d’une de leurs formations. Maximilien Piteau, le fondateur de la société Avenir Bois Construction, propose des constructions en ossature bois d’origine locale et uniquement locale ! Il vous explique très vite que les bois exotiques, ça ne l’intéresse pas du tout car il ne veut pas que ces enfants lui reprochent d’avoir détruit la planète. Maximilien mettra toute son énergie pour convaincre ses clients et trouvera toujours les bons arguments et un bon compromis pour ne pas déroger à cette règle. Son équipe est d’ailleurs un moteur infaillible et une ressource sans limite d’ingéniosité et de plaisirs partagés : c’est en créant de nouveaux outils pour répondre aux particularités et à la complexité d’un chantier que son équipe se motive. Un cercle vertueux et une belle alchimie ! Philippe Million, le gérant de la société Everest Isolation, cherche à diversifier les matériaux qu’il utilise pour isoler les bâtiments de ses clients non seulement par souci de rentabilité mais aussi pour assurer la pérennité de son approvisionnement et proposer des produits de plus en plus performants. Aucune notion écologique dans tout ça pour l’instant ! Philippe propose les produits isolants classiques comme la laine de verre minérale et la laine de roche pour leurs propriétés isolantes. S’il propose la fibre de bois et la ouate de cellulose, c’est d’abord parce que leurs performances sont encore meilleures que les deux premiers isolants et qu’elles sont plus adaptées aux techniques de pose employées par sa société. Il utilise l’argument écologique dans un second temps : pour les deux premières, elles sont fabriquées à partir de sources minérales naturelles abondantes et recyclables à l’infini. Pour les deux autres, le bois et le papier recyclé nécessitent en plus peu d’énergie pour les fabriquer. C’est parce que Philippe est curieux, qu’il n’a pas peur de découvrir de nouveaux horizons, qu’il réussit à allier économie et écologie. Il teste de nouveaux isolants comme la laine de mouton, les vêtements usagés ou les déchets de la distillation de lavande, qu’il trouve facilement dans son environnement local. En y regardant de plus près, et en guise de conclusion, c’est la Nature qui leur propose la meilleure solution ! On peut dire que la démarche de ces deux entrepreneurs est totalement biomimétique !………….

Les entreprises ont entamé leur mue !

Certaines entreprises ont perçu le désagrément des arbitrages que nous devons faire chaque jour entre nos convictions et nos achats. Elles ont mené une réflexion complète aboutissant à des solutions durables, nous proposent de changer nos habitudes et nos achats avec des nouveaux produits ou services doublement éco-compatibles : compatibles avec notre compréhension de l’écologie et compatibles avec nos moyens économiques.

Les clients des produits ou services de ces entreprises, concilient ainsi leurs besoins, leurs envies et leurs convictions.Ces entreprises qui ont décidé de s’adapter fidélisent leurs clients en leur évitant d’être en contradiction avec eux-mêmes, leur rendent service avec des solutions qui continuent à leur apporter des plaisirs. Changer de consommation, de comportement, ne signifie plus obligatoirement « avoir du moins » mais devient « être et avoir du plus ». Les entreprises qui ont amorcé ce changement retirent, au-delà du chiffre d’affaire, une amélioration de leur notoriété, de leur image de marque et de la fidélité de leurs clients.

Dès lors, à chacun son chemin, en adoptant de nouveaux produits ou comportements chaque fois que se présente une solution attractive, impliquant peu ou pas de renoncement. C’est ce qui participe au succès des AMAP, mais aussi de nombreuses marques telles que Malongo, Nature & Découverte, Botanic, Yves Rocher, Patagonia, (liste à compléter bien sur ….)

Leurs clients ont compris, ils sont prêts à abandonner le consumérisme fou et destructeur, mais restent exigeants. Faut-il absolument renoncer au bon, au beau, à l’ergonomique, au valorisant ? Ils demandent des solutions séduisantes et compatibles avec la situation dont ils perçoivent l’urgence mais aussi avec leurs désirs. Plus que jamais, les entreprises doivent concilier toutes ces contraintes dans un environnement complexe, en perpétuel changement et ce qui plus sans faux-semblant trop dangereux depuis qu’Internet permet d’épingler les green-washers en quelques clics.

Ces entreprises, avec les outils classiques du management (marketing, publicité, finances ….), sont entrées dans la 3ème révolution industrielle décrite par Jérémy Rifkins, sans fracas, progressivement, elles en apprivoisent les contours, en détectent les potentialités et innovent durablement !

S’adaptant ainsi …… elles survivront.

Les autres entreprises, celles qui campent dans leurs certitudes « qu’il ne faut rien changer puisque l’on a toujours fait ainsi », leurs à priori dogmatiques seront mortifères. Leur ignorance de l’urgence climatique, de la rareté des ressources, de la recherche de sens par leur clients et de l’impératif de cohérence, les placeront tôt ou tard devant de réelles difficultés, leur imposant des adaptations brutales, coûteuses et très risquées.

Le changement des organisations, des produits, des approvisionnements, des circuits logistiques ne s’improvisent pas : les solutions précipitées rencontreront une grande résistance au changement ne serait-ce que par le rythme auquel ces changements devront être menés.

Dans l’économie capitaliste du XXIème siècle, les objectifs n’ont pas changé (créer de la valeur et assurer la pérennité de l’entreprise ….) Seul le contexte impose de ne plus considérer le Développement Durable comme une « patate chaude », responsabilité donnée sans pouvoir hiérarchique, mission transversale affectée sans moyens. C’est au contraire une réflexion qui doit innerver tous les domaines de l’entreprise dans le but de trouver de réels leviers de création de valeur.

Optimistes pour la suite, nous savons que la nature saura s’adapter, les entreprises aussi … enfin certaines, la vraie question étant dans quels délais.